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AUTOUR DU MONDE

Afrique francophone

Nom : SAVADOGO BOUBAKAR



Reportage ACFP - Février 2010

L’actualité de la formation professionnelle au Burkina Faso

Le Burkina Faso, dans le cadre de la valorisation du capital humain s’est engagé en 2004 dans un processus largement participatif de formulation d’une politique nationale d’enseignement et de formation techniques et professionnels.

Ce processus a abouti en juillet 2008 à l’adoption en Conseil des Ministres de la Politique Nationale d’Enseignement et de Formation Techniques et Professionnels (PN/EFTP). Les principaux éléments de cette politique sont :

La vision

La mise en œuvre de la PN/EFTP est de contribuer à faire du Burkina Faso un pays émergent possédant une expertise qualifiée, suffisante et disponible dans tous les corps de métiers et susceptible de valoriser le potentiel économique du pays.

En outre, dans le cadre de la mondialisation, cette politique devrait permettre à terme de rendre les jeunes burkinabé plus compétitifs et de faciliter leur employabilité (tendance à l’emploi et à l’auto – emploi), tant au niveau national, sous-régional qu’international.

Le périmètre de l’ETFP

Le périmètre de l’EFTP prend en compte toutes les voies de qualification permettant aux jeunes et adultes scolarisés, déscolarisés, non scolarisés, formés ou non, d’être compétitifs sur le marché du travail dans tous les secteurs d’activités socio-économiques.

La finalité

La finalité est d’élever le niveau de connaissances et de compétences de la population active et, plus particulièrement des jeunes, pour favoriser leur insertion dans les emplois d’aujourd’hui et les métiers porteurs de demain afin de stimuler la croissance économique et de réduire la pauvreté.

Les choix stratégiques

L’atteinte de la finalité que se fixe la politique nationale d’EFTP engage à faire les choix stratégiques pertinents et cohérents ci – après :

  1. Mise en œuvre d’une diversité de parcours et de dispositifs publics et privés de développement des compétences ciblés, sur des publics spécifiques et prenant en compte la multiplicité et la complexité des situations socio-économiques ;
  2. Évolution d’une logique d’offre de formation à une logique de demande de formation par la mise en œuvre d’une formation basée sur l’ingénierie de l’approche par les compétences (APC) en partenariat avec les organisations professionnelles concernées ;
  3. Mise en œuvre des mécanismes d’accompagnement à l’emploi et à l’auto-emploi en lien avec la politique de promotion de l’emploi (fonds d’apprentissage, appui aux mécanismes de microcrédit, aide à l’installation, création de pépinières d’entreprises…) ;
  4. Institution de cadres ou dispositifs nationaux de reconnaissance des compétences acquises de manière formelle, non formelle et informelle ;
  5. Conduite d’une action conséquente de mise à niveau des professionnels dans le secteur de l’artisanat et de l’industrie, susceptible d’accompagner les jeunes à former en accord avec la politique de promotion du secteur privé ;
  6. Contribution à la formation en nombre suffisant des producteurs ruraux d’une part et d’autre part d’ingénieurs et de techniciens en lien avec la politique de développement rural ;
  7. Mise en place de mécanismes de financement soutenable et durable à travers des partenariats de cofinancement public/privé/PTF ;
  8. Adoption d’un système de pilotage global cohérent et partenarial.

Les Points de rupture

Les points ci-après font l’objet d’une attention particulière pour l’atteinte des objectifs de la PN/EFTP.

  1. La prépondérance accordée aux filières qui valorisent le potentiel économique local ;
  2. L’adoption d’un statut adéquat pour les établissements et centres de formation ;
  3. La création de liens fonctionnels entre les différents ordres d’enseignement et la délivrance d’équivalences entre les divers modes de formation ;
  4. L’élargissement des catégories d’enseignants/formateurs dans le sous-secteur de l’EFTP ;
  5. L’utilisation rationnelle et efficiente des enseignants/formateurs ;
  6. La mutualisation des ressources matérielles des établissements et centres de formation.

Les axes d’intervention

  • le pilotage du système global ;
  • l’ingénierie de la formation et des dispositifs de formation ;
  • l’insertion socioprofessionnelle des sortants du système de l’EFTP ;
  • le financement de l’EFTP.

La Politique Nationale d’Enseignement et de Formation Techniques et Professionnels (PN/EFTP) devra être opérationnalisée et mise en œuvre par un Schéma directeur et un Plan d’action pluriannuel 2010 – 2015 de l’EFTP. Ce processus est placé sous la coordination du Ministère des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESSRS) à travers le cabinet du Ministre Délégué à l’Enseignement Technique et à la Formation Professionnelle (MD/ETFP). On parle de coordination car le document de la PN/EFTP est co-signé par sept (7) ministères qui détiennent chacun des prérogatives dans le sous-secteur de l’EFTP. En plus du MESSRS, les ministères signataires sont :

  • Ministère de la Jeunesse et de l’Emploi (MJE);
  • Ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA);
  • Ministère du Commerce, de la Promotion de l’Entreprise et de l’Artisanat (MCPEA);
  • Ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques (MAHRH);
  • Ministère de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat (MFPRE) ;
  • Ministère de l’Economie et des Finances (MEF);

Le Schéma directeur de l’EFTP a été adopté en Conseil des Ministres du 30 décembre 2009. Le Plan d’action pluriannuel devra prioriser les activités définies dans le Schéma Directeur et les décliner en actions et tâches concrètes, réalistes et réalisables sur la période 2010-2015 ainsi qu’évaluer le budget d’exécution de ces dernières. Ce plan d’action servira de base à toutes les interventions de l’Etat et de ses partenaires dans le sous-secteur de l’EFTP.

L’élaboration du plan d’action a nécessité la prise en compte des recommandations du Conseil Economique et Social (CES) dont la session de juin 2009 a été entièrement consacrée au document de politique nationale de l’enseignement et de la formation, techniques et professionnels (PN/EFTP) sur la demande du gouvernement. A l’issue de cette session, le CES a recommandé fortement que le plan d’actions soit orienté sur les secteurs économiques porteurs de croissance, de création de richesse et d’emplois.

Dans cette optique, l’analyse de l’économie Burkinabé a permis d’identifier une dizaine de secteurs économiques contribuant le plus à la formation du PIB. La prise en compte de ses secteurs économiques a abouti au fait qu’il fallait impliquer, en plus des sept ministères précédemment cités, de nouveaux ministères dont :

  • Le ministère des ressources animales (MRA)
  • Le ministère des mines des carrières et de l’énergie (MMCE)
  • Le ministère de l’habitat et de l’urbanisme (MHU)
  • Le ministère des infrastructures et du désenclavement (MID)
  • Le ministère des transports (MT)
  • Le ministère de la culture, du tourisme et de la communication (MCTC)
  • Le ministère de l’environnement et du cadre de vie (MECV)

Le processus d’élaboration du plan d’actions se déroule alors avec une quinzaine de ministères et les organisations professionnelles.

L’enjeu principal est de changer totalement de paradigme en ce sens que le système actuel (formel et non formel) forme environ 30 000 jeunes alors que le nombre potentiel de jeunes arrivant sur le marché du travail par an est estimé à 10 fois plus comme illustré dans le tableau ci-dessous.

  2010 2011 2012 2013 2014 2015 2020
Nombre de jeunes entre 15-24 ans
arrivant sur le marché du travail
289 049 309 659 320 630 332 017 344 657 338 996 439 904

Le nombre de jeunes à prendre en considération dépasse très largement les capacités actuelles du dispositif. Pour relever le défi, de nouvelles approches de formation devront être trouvées pour que le public cible dans toute sa diversité puisse être enrôlé. En effet, le système éducatif du pays a connu des progrès certes spectaculaire ces dernières années, mais le nombre de jeunes sous-éduqués reste encore important. Il ressort des analyses des résultats du système éducatif que près de 400 000 jeunes se retrouvaient hors du système en 2008 dont environ 300 000 avant la fin de l’éducation primaire. Aussi, le taux d’alphabétisation de la population était à une moyenne d’environ 30 % encore en 2008.

Ces facteurs qui constituent des contraintes très importantes, trouveront leurs solutions dans l’adoption d’une démarche de formation basé sur les compétences. Cet engagement qui est inscrit en bonne place dans le document de la politique nationale de l’EFTP, sera opérationnalisé en utilisant diverses méthodes. Cependant, l’expérience conduite au Bénin, au Mali, au Niger et au Sénégal qui sont des pays à contexte similaire que le Burkina Faso, laisse penser que la méthode DACUM sera sans doute utilisée abondamment.

Pour ce faire, il y aura un besoin de formation de facilitateurs DACUM (DACUM I) et de spécialistes en développement de programmes de formation (DACUM II).

Par ailleurs, une autre volonté réaffirmée dans le document de politique est la mise en place d’un cadre national de certification. Ceci induit la mise en œuvre d’un système d’évaluation et de validation des acquis et des compétences. Le module de formation du DACUM II évoque l’évaluation, mais il faudra aller au-delà car les concepts permettant de mettre en place ce cadre national de certification devront prendre en compte diverses considérations : sociales, économiques et structurelles.

C’est ainsi que l’idée d’élaborer un module DACUM III consacré essentiellement à l’évaluation devient une question d’actualité et d’importance capitale car en dehors du Burkina, les autres pays cités sont dans la même situation. Les compétences pour mettre en place ces cadres nationaux de qualifications font défauts et une des priorités est de développer les ressources humaines nécessaires pour ce besoin.